mardi 7 avril 2009

Laurette et son canard



Laurette et son canard



Nous sommes en 1950. Laurette vit seule dans une petite ferme des Laurentides. Elle vient d'avoir 50 ans. Grande, mince, les yeux encore vifs, les cheveux un peu grisonnants sur le bord des tempes, elle passe ses journées à tourner en rond et trouve le temps très très long. Cette ferme lui avait été léguée par son père; elle est fille unique. Pauvre Laurette, elle aurait bien voulu voler vers la grande ville, mais ce n'était pas facile à vendre cette ferme. Alors elle se promenait de long en large sur ce petit domaine, et plus souvent qu'autrement, elle était assise sur sa galerie se berçant à qui mieux mieux.

Mais voilà, dans cet endroit qui avait quand même ses charmes, se trouvait un petit étang pas très loin de la maison et le seul être qui vivait avec cette pauvre fille, c'était un petit canard qu'elle prénommait
Coin Coin, car tous les jours il montait sur le perron et cancanait de toutes ses forces pour attirer l'attention. Mais Laurette après un certain temps commençait à penser à s'en débarrasser, elle avait de la difficulté à l'entendre. Ce cri oh! là! fermme la! et continuait à s'époumonner et elle devenait de plus en plus nerveuse. Pourtant ce petit oiseau était mignon, jaune avec son bec ivoire, lui il était heureux.

Un jour, devenant de plus en plus hardi, il voulut entrer dans la maison. Alors là! non..non..non. C'en était trop, elle chassa le petit et courru après de toutes ses jambes. Plus elle courrait, plus
Coin Coin la devançait en criant très fort. Il se dirigea vers l'étang, son seul point de salut et hop! sauta à l'eau.

Laurette qui suivait de près, ne pouvant s'arrêter, trébuche et plonge la tête première dans l'étang avec son canard et celui-ci dans son jargon semblait lui dire: "ça t'apprendra, je suis petit mais je suis rusé." Pauvre Laurette, elle aperçoit un monsieur qui la regardait et qui riait à gorge déployée. Il lui dit: "Bonjour Laurette, je ne pensais pas que tu apprenais à nager avec ton canard". Furieuse, elle reconnut un ami de longue date qu'elle avait invité pour souper. Il était arrivé plus tôt que prévu.

"Laisse moi! dit Laurette, je vais m'en sortir toute seule." Elle était très orgueilleuse. Mais, n'écoutant que sa gentillesse, Antoine lui prit la main et l'aida à regarder terre ferme. Elle avait l'air comique avec ses cheveux qui dégoulinaient, ses vêtements collés au corps qui laissaient voir ses formes un peu décharnées. Elle aurait préféré qu'Antoine ne la voit pas dans cet accoutrement. Elle finit par se sécher, mais jura que le canard serait son prochain repas. Seulement,
Coin Coin qui n'était pas si bête, se sauva chez le voisin et ne revint plus chez Laurette.

Un mois passa, tiens tiens, tout à coup elle réalisa que son petit canard lui manquait beaucoup. Elle alla chez son voisin et le pria de lui rendre
Coin Coin, ce qu'il fit avec un peu de réticence, car il aimait le petit lui aussi. Laurette insista tellement qu'il comprit sa solitude et lui rendit son bien. Les deux acolytes retournèrent à la ferme, ils coulèrent des jours heureux, tout en se respectant dans leurs manières d'agir. Laurette dormait souvent dans sa chaise berçante et Coin Coin à ses pieds se chauffait au soleil.

Morale: On a toujour besoin d'un plus petit que soi.


Thérèse R.Fafard


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